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La bière au cinéma et à la TV 

C’est un sujet qui me trotte dans la tête depuis un moment, associer mon amour du cinéma et des séries, à la bière. Ce n’est pas toujours facile, car la bière n’est pas vraiment un sujet de prédilection au cinéma ou dans la fiction en général. Il faut avouer que la bière est difficile à personnifier, elle n’est surtout là que pour servir d’accessoire à une scène plutôt qu’un élément principal d’une intrigue. 

Je n’ai pas envie de vous chercher la petite bête à coup d’analyse de films biscornue où chaque plan a une signification particulière que sans doute le réalisateur lui-même n’avait pas voulu faire. On trouve ce genre de vidéos partout sur le net, et pour la bière, je n’estime pas qu’elle fasse l’objet d’une analyse pertinent en terme de technique de mise en scène, toutefois, la bière et ce qui tourne autour peut avoir une place important dans un film, que ce soit un bar, une marque, un personnage, ou plus rarement une intrigue, j’ai eu envie aujourd’hui d’y aller en détente et parler de la bière dans les univers de fiction. Accessoire bien souvent invisible, pas toujours bien mis en valeur mais finalement primordial par souci de réalisme.

 

Update : Attention, cet article se base sur mes expériences, je fais suite à de nombreux commentaires (constructifs et intéressants) me suggérant des scènes, épisodes ou films, mais la liste n’est pas exhaustive et peut aisément se compléter. On parle ici d’une analyse quelque peu globale basée sur mon expérience personnelle, elle peut être complétée de nombreux exemples 🙂 .

 

Django Unchained – Quentin Tarantino

 

Quand la bière (et le bar)  sert de lien entre les personnages 

S’il y a bien un endroit où, depuis toujours, les gens se retrouvent, c’est le bar. Autrefois, la taverne, puis Pub, ou Bistro, ce genre de lieu est bien souvent le rendez-vous idéal de fin de journée pour pouvoir échanger avec ses amis, en afterwork ou en weekend. 

Dans la fiction, on retrouve ce genre de lieu assez régulièrement, bon nombre de séries par exemple, ont un bar fétiche dans lequel les héros se retrouvent. Citons par exemple l’excellente série How I met your mother. Les héros se retrouvent régulièrement au Maclaren’s, c’est de là que vont souvent démarrer la plupart des intrigues des épisodes, à travers une discussion. Chaque personnage aura sa boisson, l’un privilégiera le whisky (Barney) mais les autres iront surtout vers la bière. Le lieu est inspiré du Mcgee’s, bar favori des créateurs de la série qui ont eu envie de le transposer, un peu comme un hommage, à l’endroit où sont sans doute sorties de nombreuses idées sur la fameuse série.

 

La bande de How I Met Your Mother dans leur bar servant de QG

 

Le fait d’échanger une bière sert aussi de tissu social aux personnages. Si dans HIMYM le Maclaren’s est présent à chaque épisode tel un QG, parfois le bar fait office de guest star pour un sujet bien précis. Remontons un petit peu en arrière, on va aller en 1978 pour la série Taxi, série qui a vu naître des acteurs tels que Danny Devito, Christopher Lloyd, Tony Danza, Andy Kaufman ou encore Judd Hirsch. Dans cette série, on suit les aventures d’une bande de chauffeurs de taxis New Yorkais, dont les lieux des intrigues se situent majoritairement dans un seul décor : le garage. Bien que des décors soient parfois utilisés pour des raisons évidentes (un appartement, un lieu public etc..) il n’y a qu’un seul autre vrai lieu qui apparaît de temps en temps : le bar. 

 

Le cast de Taxi

 

Ce bar, c’est là où se jouent des étapes importantes de certaines scènes, notamment tout ce qui est attrait au social. Danny De Vito campe le patron filou du garage, et quand il s’attable pour boire des coups, c’est en quelque sorte le moment où il parvient, au delà de son excentricité de patron un peu véreux, à se faire accepter de ses employés avec qui il va tisser des liens au fur et à mesure des saisons. 

Ici ce n’est pas la bière qui est importante, mais le lieu où on la boit. La bière et le bar qui lui sert de décor, sert en quelque sorte à renforcer les liens qui se tissent au fil des saisons entre les personnages. 

Autre série culte, mais nécessaire pour moi, c’est Cheers, l’une des plus belles sitcoms américaine qui soit. Elle aussi, révélatrice de nombreux acteurs comme Ted Danson ou Woody Harrelson, elle aura même eu un spin off qui aura cassé la baraque : Frasier. (chose rare pour un spinoff, on se souvient tous de Joey, le spin off raté de Friends). Cheers c’est carrément le bar qui est le lieu principal, si ce n’est LE personnage principal. Tous les personnages se retrouvent au bar et parlent de leur vie respective. On a des personnages très différents les uns des autres mais le fait de se retrouver en un lieu commun, à boire la même chose, fait qu’ils se lient d’amitié et font abstraction de leurs différences. Sans aller jusqu’à l’analyse de la série et ses personnages, je laisse cela à d’autres, la série est devenue un phénomène qui a réussi à nous montrer le bar, non pas comme le PMU du coin avec les alcooliques notoires refaisant le monde avec des brèves de comptoir, mais une sorte d’élément nécessaire pour parvenir à évoluer dans sa vie à travers des discussions et des rencontres. 

 

 

Paradoxalement, si on est logique, aller tous les jours au bar, retrouver les mêmes personnages, c’est le même principe, une bande d’alcooliques qui n’a rien d’autre à faire que d’aller picoler après le boulot (ou toute la journée). Pourtant, la série ira au-delà de cela, rendant le lieu chaleureux et non pas glauque. Le thème musical y est pour beaucoup, “Où tout le monde connaît ton nom”, c’est là la preuve que le bar en question c’est là où nos personnages trouvent leur bonheur, leur “famille” en quelque sorte. Là ou la série aura été une réussite, c’est qu’elle ne nous dépeint pas la bière (et le reste) comme une chose péjorative. On ne trouve pas ici des gags liés à une bande de soiffards idiots, mais on retrouve ici des personnages différents, attachants qui au fur et à mesure, avancent dans leurs vies tout en gardant leur lien social en revenant quasi quotidiennement au bar. La série nous dépeint d’ailleurs très rarement les personnages comme étant ronds comme des queues de pelle, au contraire. 

Pourtant, des séries comme Taxi ou Cheers ce sont les années 70/80, HIMM c’est les années 2000, et entre les deux me direz-vous?

 

La bière peut être fictive (qui reconnaît la série?

 

Les années 90, la bière change d’image 

Les années 90 sonneront un peu le glas de la bière à la télévision, la plupart des séries citées sont terminées, le bar comme lieu de vie n’est plus, et c’est une toute autre image qui est renvoyée aux spectateurs : la bière c’est pas génial. 

Pourquoi un tel constat? Il faut comprendre que les séries TV avaient pour habitude de nous montrer des histoires liées à des gens de tous bords, de différents horizons ou projets qui se côtoient. Taxi et Cheers abordent des sujets sociétaux contemporains de leur époque, parfois novateurs, mais toujours avec un dénominateur commun : la famille en elle-même est peu présente, la famille c’est les amis.

Dans les années 90 c’est surtout des séries basées sur la famille. Je vous passe les séries policières, fantastiques ou de guerre (Macgyver, Code Quantum, Hooker, Agence tout risques), on reste focus sur les séries au format plutôt “sitcom” se basant sur des intrigues plus ou moins liées à un certain réalisme qui dépeint la société du moment. Or, durant cette décennie, la grande majorité des sitcoms ne parle plus que de famille. 

La vie de famille, notre belle famille, 7 à la maison, Dingue de toi, le Prince de Bel Air, Madame est servie et même Alf, la grande majorité des séries sont bien souvent situées dans une maison, en France même combat à l’exception de Hélène et les garçons. On est dans quasiment un seul décor, les sujets abordés sont tous plus ou moins liés à la famille, l’enfance ou l’adolescence, la vie de couple, peu de séries sortent un peu de l’ordinaire et il faudra attendre la fin des années 90 pour commencer à entrevoir de nouvelles prises de risques de la part des producteurs et scénaristes. 

La bière est quasi absente, les bars aussi, tout cela est mis de côté. On retrouve la bière une fois de temps en temps dans la main d’un père de famille dans son jardin en faisant un barbecue un dimanche après midi ensoleillé, ou quand deux amis discutent autour du canapé mais l’image de la bière n’a plus aucune aura de lien social comme ce fut le cas pour Cheers et d’autres séries des décennies précédentes. 

La bière c’est un sujet délicat, les bars, l’alcool, c’est peu ou pas abordé, sauf si l’on traite de l’alcoolisme. Mention spéciale à Hélène et les garçons qui nous dépeint l’alcoolisme de Cricri d’amour avec une rare conviction méritant l’oscar (j’ironise hein). Les bars sont dépeints surtout comme un lieu de débauche, là où le mal arrive, ils sont glauques, poussiéreux, enfumés, on y trouve les loubards et/ou les bikers dans les clichés les plus poussés. J’en veux pour preuve, le premier épisode de Friends a comme lieu de villégiature de nos 6 amis, un bar, qui l’épisode suivant se transforme en café, le Central Perk pour le reste des 10 saisons qui suivront. 

Seules 2 séries, marquantes à mes yeux, vont donner de la place à la bière, le souci? Ce n’est pas pour lui rendre service. 

 

Finie la bamboche, maintenant c’est mielleux et lisse à souhait – Notre Belle Famille

 

Quand la bière symbolisme l’alcoolisme et la dépression

On a deux séries marquantes du début des années 90 qui ont laissé la bière prendre une part relativement importante dans leur narration. La première, que tout le monde connaît sans doute, c’est Marié deux enfants. Le “héros”, Ted Bundy est malheureux avec une femme un peu “cagole” qui ne fait rien, des enfants débiles, des voisins stupides, le personnage principal possède un magasin de chaussures où il passe son temps à voir défiler des clientes toutes plus agacantes les unes que les autres. Cette série, bien que très drôle, met à plat tous les pires sujets du moment, le sexisme, la grossophobie, la misogynie et enfin l’alcoolisme. 

Ted se noie dans la bière, affalé sur son divan, il regarde avec dépit sa famille stagner dans la médiocrité, sans pour autant voir qu’il fait partie intégrante du problème. On voit rarement des scènes de bar, mais quand on le voit dans un bar, c’est souvent entouré de personnages relativement similaires à lui. La série est drôle de par son humour noir, on rit de bon cœur sans pour autant voir, selon qui l’on est, qu’on vit peut être le même genre de choses dans son propre foyer. C’est une critique acerbe de l’américain moyen, cantonné dans son boulot pénible, nourri à la télévision et à l’aigreur de la réussite des autres. On pourrait parler durant des heures de cette série tant elle est bien plus que ce qu’elle paraît aux yeux les moins rusés. C’est un peu comme South Park, il y a une double lecture à chercher dans son ensemble, mais la finalité est la même. 

On voit que la bière, fréquemment posée dans le creux de la main de Ted, n’est ici qu’un accessoire fait pour lui faire oublier sa vie pourrie, elle n’a aucun lien social, Ted boit seul. Dans Cheers, les personnages buvaient ensemble, ils échangeaient, se poussaient vers le haut etc… la bière, bien qu’il faille bien entendu la consommer avec modération (mais à l’époque les standards de consommations étaient vus différemment), était un accessoire primordial pour faire avancer l’intrigue. Or, ici, elle n’est qu’un accessoire fait pour accentuer le désarroi d’un personnage. 

 

La famille Bundy

 

Autre série, légendaire, qui dépeint avec brio le côté négatif de la bière, les Simpsons. Qui ne connaît pas la série de Matt Groening qui en est à plus de 30 saisons? Et surtout, qui ne connaît pas le bar de Moe? Maintes fois imité, jamais égalé, le bar de Moe est un repère de solitaire dépressifs et désabusés. Moe est un barman suicidaire, Lenny et Carl semblent être des homosexuels refoulés qui ne s’assument pas, Barney est un alcoolique notoire et Homer fuit ses responsabilités laissant à Marge le soin de subir toute la charge mentale d’une mère de 3 enfants sans travail. 

Le bar de Moe c’est une sorte de zone tampon ou l’on va oublier sa journée et sa vie jugée inutile jusqu’au lendemain ou on remettra une couche. La bière emblématique, la Duff, est l’archétype même de la mauvaise bière industrielles uniquement conçue et distribuée pour être consommée en masse par les gens. La bière n’est d’ailleurs, dans les séries des années 80 et 90, quasiment bue que par des hommes. La Duff est inspirée à 100% de la Bud, et le personnage de Duffman personnifie clairement une bière de mauvaise qualité. Le personnage de Duffman est d’ailleurs un triste sire, alcoolique, dyslexique, mauvais père, au fur et à mesure des saisons son personnage se dévoile et on voit qu’il est la personnification de nombreux maux auxquels on rend la bière, et l’alcool en général, coupable. 

La série tentera d’atténuer un peu les choses, Moe donnera à plusieurs reprises un coup de boost à son bar pour le rendre branché, Barney deviendra sobre durant de nombreux épisodes avant de basculer de nouveau, Homer tachera lui aussi d’être plus présent, mais la finalité est la même, les Simpson m’ont durant longtemps fait imaginer que boire un coup dans un bar c’était une forme d’abandon social, ca reflète les bars PMU de mon enfance qui puaient la clope et qui étaient jaunis par celle-ci. Matt Groening dans ses oeuvres a une relation assez particulière avec la bière, dans Futurama, Bender passe son temps à boire de la bière, et va même “enfanter” de la bière et dans la récente série Désenchantée, l’héroïne passe son temps à se saouler au bar, preuve que Groening voit la bière et le bar comme une sorte d’exutoire à sa propre condition, mais jamais comme un moment de partage positif, c’est sans nul doute sa vision des choses par rapport à d’autres. 

Les années 90 reflètent un autre aspect de la bière, et l’alcool en général et les bars, c’est une forme de défaite, on boit seul ou entre losers, rarement en guise de moment de détente ou de partage. Peu de séries sortiront du contexte familial, et auront leur originalité, on peut citer 3ème planète après le soleil qui aura est pour moi l’une des meilleure sitcom de l’époque, malgré qu’elle n’ait été que peu diffusée en France à part sur Série Club, mais là encore on reste sur un thème assez familial malgré l’originalité de celle-ci. 

 

 

Fin des années 90 / début 2000, la bière retrouve quelque peu ses lettres de noblesses

La fin des années 90 voit arriver de nouvelles séries, des sitcoms sans boîtes à rire, des concepts visuels intéressants, et la bière et les bars sont de nouveaux vus autrement. Si l’on peut reprocher encore que la bière reste un peu une affaire d’homme (fort heureusement, le quatuor de la génialissime Sex and the city, série novatrice de son époque, sauvait un peu la donne), on peut toutefois retrouver les codes des anciennes séries de la fin des 70’s et début des années 80. 

Je passerais outre les séries originales comme that 70’s show qui dépeignent la vie d’ados, qui forcément ne consomment pas de bières (légalement), mais on va plutôt se focaliser sur d’autres façons de voir la famille, la consommation de la bière ou les virées dans les bars. 

La famille dysfonctionnelle n’est plus vue avec fatalisme, les Simpsons sont moins pessimistes, Malcolm et sa famille sont touchants et Al, le père, boit des bières pour se détendre et non pas oublier ses problèmes, et des séries commencent peu à peu à se passer hors d’un contexte familial. 

Petit aparté, si des séries des années 90 comme Friends, Seinfeld, Frasier ou Sex and the city ont autant fonctionnées, c’est car elle sortaient des codes habituels, des amis très différents aux profils psychologiques assez particuliers qui forment une sorte de famille car la leur est relativement dysfonctionnelle, ou une bande de copines célibataires qui explorent leur célibat et leur féminité sans tabous et dans une forme de féminisme intelligent et assumé qui fait la part belle au patriarcat. Bref, ca changeait de la soupe habituelle dépeignant des codes que les spectateurs ne voulaient plus suivre.

Les séries américaines ont évoluées, citons par exemple la fantastique Spin City (avec Michael J Fox) où nos héros se retrouvent de temps en temps au bar après leurs journées harassantes à gérer un maire de New York complètement frapadingue ou encore (du même auteur) Scrubs qui revisite la comédie dans un milieu hospitalier et où la bière n’est pas bue comme une forme de défaite, de repli sur soi mais bien de détente et d’échanges. Dans Scrubs, la bière bue par le Dr Cox en fin de journée en solo commence comme une manière d’oublier les dures journées, mais au final elle n’apparaît plus hormis pour des soirs de matches entre amis, très vite remplacée par la mousse bue avec ses internes comme une forme d’acceptation de ne plus être seul désormais depuis l’arrivée de JD, Tuck, Carla et Elliot, sans compter le “Janitor”. 

Scrubs – JD et Eliott (on voit ici que c’est JD qui boit un cocktail et renverse donc le code classique de bière = homme)

 

Tout récemment, on peut voir le pub avoir la part belle dans Ted Lasso avec l’excellent Jason Sudeikis où il prends plaisir à boire un verre avec son ami Coach pour discuter de leur journée, ici encore la bière est mise en avant dans un joli quartier lumineux de Londres et non pas comme un bar sordide de la banlieue malfamée de Los Angeles. 

Les séries sortent des codes familiaux, on retrouve des séries basées sur des corps de métiers, des séries basées sur des histoires de science fiction, des séries mockumentaires (The Office, Parks and rec), mais chaque fois qu’une bière apparaît (souvent masquée si ce n’est pas un placement de produit), elle est ici comme un accessoire lié à un moment de détente ou de partage mais pas d’individualisme et de solitude. Et les séries d’aujourd’hui, ne voient plus la consommation d’alcool comme un méfait mais comme un moment de détente et de partage. Toutefois, je le précise, les séries dépeignent toujours l’alcoolisme s’il faut mais différemment, elles vont dissocier le moment de partage et de fête à la dépression de façon plus évidente, permettant ainsi de ne pas véhiculer une image négative de la bière bien trop souvent écornée depuis trop longtemps, elles vont éviter les clichés et c’est tant mieux. (Mais évitez quand même BrewBrothers hein, c’est vraiment mauvais). 

 

Ted Lasso

 

Et dans les films?

La bière dans les films c’est moins évident. Le format est plus court qu’une série étalée sur plusieurs saisons, et la bière, en un laps de temps si court, ne peut qu’être un accessoire et pas un élément de l’intrigue. 

Il n’y a pas vraiment de film où la bière est un élément principal, si elle semble l’être, c’est juste qu’elle symbolise quelque chose de précis et non pas juste la bière. Inutile de chercher des poux aux réalisateurs, à mes yeux, on ne peut pas faire de réelle analyse poussée de la bière, peut être que l’alcool dans certains cas est sans doute dépeinte de manière à être un des acteurs principaux, mais dans les films les plus connus, je n’ai, dans mes souvenirs pas vu une analyse pareille. 

On peut toutefois citer plusieurs exemples où la bière est apparue comme élément important. Je vous ferais peut être un jour un article sur les fausses marques de bières dans les fictions, mais ce n’est pas non plus quelque chose de bien important, car soit c’est un placement de produit réel, soit c’est sans étiquette, soit une marque inventée d’un univers où toutes les marques sont inventées comme chez Kevin Smith ou Tarantino par exemple. 

Il y a deux films où la bière est un élément important de l’intrigue, le premier c’est Supergrave (avec Jonah Hill, Michael Cera, Christopher Mintz-Plasse, Emma Stone, Seth Rogen et Bill Hader). Dans ce film, qui voit évoluer 3 adolescents un peu “losers” dans un espèce de road trip piéton pour amener des bières à une fête dans le but d’être acceptés. On fait passer la bière comme un élément essentiel au dénouement de leur problématique : l’acceptation. Ici, la bière est vue un peu comme un rite de passage, s’ils n’amènent pas de bière, ils ne sont plus vus comme des gens cools et fréquentables. Leur seul intérêt vis à vis de la bière, c’est d’être acceptés par les autres, ici la bière représente quelque chose lié à eux, mais en aucun cas la bière ne reflète une importance quelconque, ca aurait pu être de la vodka, l’idée directrice aurait été identique. 

 

 

Le second film, c’est d’un de mes réalisateurs favoris, Edgar Wright avec le dernier film de sa trilogie Cornetto (avec les excellents Simon Pegg et Nick Frost) à savoir Le dernier pub avant la fin du monde. Le film nous dépeint les mésaventures de 5 amis d’enfance, qui, sous l’impulsion de Gary King (Simon Pegg) vont retenter le pub crawl qu’ils avaient échoué après leur dernier jour de lycée. Dans ce film, la bière est présentée de partout, sous toutes les coutures, en gros plan, en arrière plan, bref, elle a ici un rôle important, bien que l’élément principal c’est d’échapper aux robot aliens qui ont envahi leur ville natale (oui vous avez bien lu et foncez voir ce film). 

 

 

La bière ici, le fameux pub crawl et ses 12 pintes, c’est un élément qui symbolise à la fois l’accomplissement du personnage principal de Gary King, mais aussi la dépression qu’il vit depuis la fin du lycée où il n’a jamais su avancer contrairement à ses amis dont il juge les vies parfaites (à tort). Gary veut à tout prix boire ses bières jusqu’au bout pour exorciser son mal être, de fait, toute l’intrigue réside dans le fait de finir le pub crawl tout en ne se faisant pas capturer par les robots aliens. On retrouve un peu le même code dans le 1er film de la trilogie de Wright, toujours avec le même duo Pegg/Frost dans Shaun of the dead. Le pub Winchester est vu comme étant la “Safe zone” face aux zombies. Le plan de Shaun étant de récupérer sa copine et sa mère, puis se réfugier au pub pour boire une bonne bière en attendant que les choses se tassent, le pub et le fait de boire de la bière a ici un côté très rassurant (et je vous l’accorde, à tort bien entendu). 

 

 

En conclusion

Il est au fond inutile de voir la bière comme un élément fictionnel important, ce qui est intéressant, dans tout cela, c’est surtout de voir que la bière, les bars et l’alcool en général sont perçus entre plusieurs décennies. On passe d’un moment de convivialité, à un moment malsain pour revenir à un moment de partage puis une entrée dans les mœurs avec une codification différente pour situer le moment où la boisson est à percevoir d’une bonne manière ou d’une mauvaise manière selon le récit. Par exemple, la scène dans Django où le professeur Schultz offre une bière à Django comme une forme d’acceptation et représentant sa liberté, ou encore les bières obtenues par les prisonniers en guise de récompense symbolisant une petite forme de liberté également dans les Evadés, la bière a une symbolique positive en tant qu’élément de la narration ou en complétant la personnalité d’un personnage. 

 

 

La bière n’est finalement qu’un accessoire ou un motif pour faire plus ou moins avancer une intrigue ou justifier une attitude (un rite de passage, un moment d’égarement, un moment de partage etc..), ou un trait de caractère. Il existe peu ou pas de films où la bière est l’acteur principal au final, ni le sujet. Elle sert, comme je le disais, d’accessoire, de symbolisme ou de simple placement de produit (mention spéciale à Fast and Furious dénigrant les trappistes Belges vis à vis de la Corona.. On n’oublie pas Vin Diesel, on n’oublie pas). 

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les rares fois où la bière a été traitée comme un élément principal d’un récit, ça a bien souvent été un échec, Brewbrothers est passé à côté complètement, seule la BD les fils de l’Orge sauve les meubles en terme d’art narratif traitant du sujet comme élément principal. Je ne vous cite pas Oktoberfest car là encore, la bière est juste un élément comme toile de fond pour une intrigue bien plus profonde. 

Alors pourquoi justement on ne trouve finalement pas vraiment de fiction traitant de la bière directement? Et bien parce que la bière fait partie de notre société, l’alcool en lui-même a une valeur sociétale et anthropologique importante dans l’histoire, mais elle n’est pas et ne peux pas, avec cohérence, être un sujet important qui justifie toute une intrigue tournant autour d’elle. L’importance qu’elle aura sera dans ce qu’elle symbolise comme dans les films de Wright, mais pas dans ce qu’elle est de la manière la plus simple. On peut toutefois s’amuser à trouver la marque d’une bière dans un film, surtout si l’étiquette est tournée, où chercher une symbolique dans une scène avec la bière (mais souvent c’est soumis à sa propre interprétation et là encore la bière ne sera, encore une fois, qu’un élément du décor). 

 

 

Ce qui est amusant au final, c’est de voir comment est perçue la bière, ou l’alcool tout court, dans les fictions, cela change selon les moeurs d’une décennie à l’autre, mais avec la révolution brassicole, on peut s’amuser demain à voir des scènes où au delà des pubs classiques, on verra évoluer des personnages dans des brewpubs sirotant des bières crafts, ou brassant carrément de la bière, mais ca, c’est un autre sujet, l’important c’est surtout, qu’en tant que spectateur, on passe un bon moment au final. 

Si vous voulez plus de critiques ciné, vous l’aurez lu ici en premier, et en toute discrétion, notre podcast avec Eric des Arts narratifs arrive dans quelques semaines, en attendant, si vous voulez lire plus de critiques ciné, séries, livres, bd, comics ou mangas, je vous invite à suivre les Arts Narratifs où je prête ma plume de temps en temps à Eric, qui vient de temps en temps écrire ici également.

Cheers et bon visionnage!

 

 

Greg
Marseillais amateur de bières, je vais vous faire découvrir cette boisson à travers son histoire, des dossiers, de l'actu et enfin des tests de bières diverses et variées!
https://thebeerlantern.com

6 Replies to “La bière au cinéma et à la TV 

  1. Si je peux glisser un rajout plus ou moins pertinent, la série Fear The Walking Dead a un passage extrêmement intéressant sur la Craft dans plusieurs épisodes de la saison 4.

    La troupe tombe sur *spoil* un brasseur professionnel qui tient pour secret la recette de sa lager. Au début de l’épisode, Morgan dit sentir une odeur familière quand il tombe sur ce survivant, celui ci répond agacé « oui, oui, je sais, je sens la ddh citrus ipa, ca va !! » .. Premier clin d’oeil Craft .. Jusqu’à ce que *gros spoil* on le retrouve à la fin d’un épisode avec la recette de sa bière gravée sur le front pour ne pas l’oublier (recette qui marche réellement avec des quantités bien précises). Ils abordent nettement le côté Craft indépendant américain et passionné, tiraillé à l’idée de vendre sa marque à un gros groupe industriel (avant la catastrophe zombiesque). Après cet épisode, une des protagonistes essaie coute coute que coute de reproduire la recette et ça évoque bien le côté brassam’ que j’ai personnellement pu connaitre et les galères que ça implique. Si besoin :
    https://walkingdead.fandom.com/wiki/Jim_Brauer_(Fear)

    1. Oh joli !

      Je n’ai jamais vu ces séries je t’avoue, donc mon article peut largement être complété 🙂

      Dans le même genre, dans Designated Survivor *spoiler un des personnage principal se fait zigouiller dans une brasserie par un terroriste qui tient une brasserie artisanale ^^

  2. Et Breaking Bad, S02E06, où Hank Shrader brasse dans son garage. La Shraderbrau est la jumelle lumineuse de la meth de WalterWhite. A la fin de l’épisode, Hank, en plein stress post traumatique, croit faire l’objet d’une fusillade, alors que ce ne sont que les bouteilles qui éclatent sous la pression.

  3. Un peu hors sujet, ça reste une fiction, mais c’est un bouquin. Je recommande chaudement la lecture de Nation de Terry Pratchett. La place de la bière dans le bouquin t’étonnera 😉

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