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Que vaut la série « L’empire Oktoberfest » ?

Ce n’est pas la première fois que l’on va parler d’une série sur Netflix qui tourne autour de la bière. Nous avions précédemment parlé de Brew Brothers, série originale Netflix qui, partant d’un très bon potentiel, en a fait une série à l’humour potache mal dosé et malaisant et dont, actuellement, on ne sait toujours pas si une saison 2 verra le jour. 

Cette série, sans en refaire la critique, est américaine, autrement dit elle tourne autour de la révolution brassicole actuelle aux USA, et ceci étant dit, elle est bien la seule série qui parle de cela à ma connaissance. Du coup on regrette un peu la médiocrité d’écriture qu’elle a eu, et on souhaite une seconde saison largement meilleure, ou bien une autre série tournant autour de ce thème qui soit aussi bien écrite qu’une série de Greg Daniels et Robin Schur (The Office, Parks and rec, Brooklyn nine nine etc…). 

Mais du coup, quel autre pays possède une grande culture brassicole et surtout une vraie histoire à raconter? L’Allemagne pardi! Et c’est avec la série Allemande “L’empire Oktoberfest” que nous allons commencer cette année 2021.

Alors même si d’habitude je publie mes critiques ciné et séries sur le site de mon ami des Arts Narratifs, vu le thème, il est judicieux que je vous fasse un article sur ce site pour coller au thème, alors allons un peu voir ce qu’est cette série, ce qu’elle raconte, et ce qu’elle vaut !

 

Bande annonce (Sous-titrée en Anglais)

 

L’empire Oktoberfest c’est quoi?

Cette série est le fruit d’une collaboration Allemande et Autrichienne de Christian Limmer et Ronny Schalk basée sur une idée d’Alexis von Wittgenstein. Le tournage a eu lieu durant l’été 2019 entre l’Allemagne et la République Tchèque. 

Vous parler des acteurs serait compliqué car les acteurs principaux ne sont pas vraiment connus par chez nous. Il faut dire que les séries allemandes se font plus rares de nos jours à la télévision, exception faite des séries Netflix comme Dark qui redore le blason des séries germaniques, qui, soyons honnêtes ont toujours su trouver leur public dans nos contrées (Derrick, Alerte Cobra, Le destin de Lisa etc..). 

Cette série nous raconte le développement commercial de l’Oktoberfest au début du 20ème siècle pour devenir ce qui existe de nos jours. Il faut savoir qu’à l’époque, à Munich, même si cette fête populaire attire beaucoup de monde, personne n’avait encore eu l’idée de faire monter en puissance la fête qui ne se contente que de quelques tentes, brasseries , attractions et autres commerces au capacitif d’accueil largement plus petit que maintenant. 

Ici, nous suivons l’arrivée depuis Nuremberg de Curt Prank et sa fille, un riche homme d’affaires et brasseur qui souhaite s’emparer du marché de l’Oktoberfest et en avoir le monopole. L’événement est très cloisonné, notamment par le fait que seules les brasseries Munichoises sont autorisées à servir de la bière, et donc pas une brasserie de Nuremberg. De fait, il ne peut avoir de permis de servir de l’alcool et utilise donc une autre stratégie, celle de récupérer par divers moyens plus ou moins légaux (surtout illégaux) des terrains pour y construire son grand projet : une immense tente pouvant accueillir plusieurs millier de personnes en même temps. 

La prise de ces terrains, qu’on peut aisément qualifier de vol vu les méthodes employées, prennent à la gorge les brasseurs qui, pour certains n’auront d’autre choix que de trouver des alternatives, ou vendre leur brasserie à Mr Prank qui, ainsi, pourra servir sa bière. Voyez ici que c’est une stratégie commerciale assez dégueulasse mais courante dans un peu tous les secteurs, on vous empêche de travailler et au lieu de fermer, vous cédez à la menace et vous vendez. 

Une famille tire son épingle du jeu dans la lutte face à cet envahisseur de Franconie, la famille Hoeflinger, le père, la mère et leur deux fils vont tout faire pour ne pas couler et céder à la menace. 

J’arrête le synopsis ici car nous y reviendrons plus en détail (sans spoiler) mais vous avez en gros la trame principale : l’arrivée d’un gros homme d’affaire bien décidé à s’emparer d’un business fructueux au fort potentiel encore inexploité car il est peuplé par de petits brasseurs ancrés dans un certain confort et une certaine routine, le tout agrémenté d’une aversion au risque et freinant toute ambition d’amplification de leur potentiel et de leur marché. 

 

 

Que vaut la série alors?

Pour ne pas tourner autour du pot, j’ai apprécié la série, ce n’est pas la série de l’année, mais elle a de très belles qualités, mais aussi quelques défauts que nous allons analyser dans ce paragraphe. 

Tout d’abord, d’un point de vue image, c’est très bien filmé. Les décors sont fidèlement reconstitués, on ne détecte pas d’anachronismes (en tout cas pas de mon côté) et force est de constater que les décors, mélangeant VFX et prises de vues réelles sont relativement bluffant, surtout les vues présentant les lieux du festival en mode drône.

L’intrigue en elle-même met du temps à se mettre en place. Au début, je ne vous cache pas que j’ai eu l’impression d’être dans un épisode des Coeurs Brûlés, la saga de l’été de TF1 avec Mireille Darc, vous savez ces sagas mielleuses pleines de dramas à chaque épisode sur fond de relations amoureuses tumultueuses. Bon et bien le début de l’intrigue est un peu dans ce style, tout du moins en apparence. Le 1er épisode, sans spoiler, présente le principal protagoniste et antagoniste, le fameux Prank et sa fille. Sa fille, justement, fera l’objet d’une sous intrigue, qui deviendra ensuite une part de l’intrigue principale, ce qui fait que les pièces du puzzle se placent assez vite, tout du moins on devine assez rapidement ce qui devrait se passer. 

 

Une démo des effets spéciaux assez bluffant de la série

 

Ce petit côté trop prévisible gâche un peu la fête, on aurait aimé des vrais rebondissements, or, ici on a que très peu, et on a du mal à vraiment s’attacher aux personnages qui ne sont qu’un ensemble de tête à claques exception faite de la gouvernante qui s’occupe de la fille Prank. 

Sur les jeux des acteurs, on peut dire qu’ils jouent tous correctement, pas de surjeu d’un côté, pas de faiblesse de l’autre, c’est équilibré, on arrive à les voir comme de vrais personnes crédibles dans ce qu’elles font et ce qu’elles disent, mais pareil, on aurait aimé voir plus de charisme et de prise de risque. 

Ne vous attendez pas, donc, à des acteurs emblématiques dont on se souvient, si on fait exception du personnage principal qui dégage un peu de charisme, bien que son rôle soit taillé pour cela, le reste est finalement assez fade même s’il nourrit l’intrigue. 

Finalement, c’est un avis mitigé. On ne dévore pas vraiment les épisodes comme on va se goinfrer d’une saison entière en binge watching d’une série à la Stranger Things. On est ici sur un ensemble très bien fichu, c’est bien filmé, bien reconstitué, les idées sont bonnes mais on reste sur sa faim. On reste déçu par l’intrigue qui se la joue Shakespearienne par moment, avec une évocation plus qu’explicite de Roméo et Juliette, et un manque d’enjeu flagrant qui fait qu’on ne parvient pas à s’attacher à un personnage. 

L’attachement à un personnage c’est quelque chose de primordial. Pour qu’une série fonctionne, on doit pouvoir s’identifier ou s’attacher à un protagoniste. Que ce soit un Ron Swanson de Parks and rec, un Walter White de Breaking Bad ou un Joey dans Friends, quelle que soit la nature de la série, et ses goûts, on doit pouvoir s’identifier à un ou plusieurs personnages et c’est ce qui rend certaines séries populaires, faisant parfois oublier le personnage principal au profit d’un second rôle, comme Samantha Jones face à Carrie Bradshaw dans Sex And The City par exemple. 

Bref, c’est une série qui se laisse voir, rien n’est à jeter mais on regrettera son côté fadasse qui fait qu’on a finalement du mal à accrocher et s’intéresser aux enjeux face à des personnages peu charismatiques et une intrigue déjà vue qui rend l’ensemble relativement plat. 

 

La fille Prank et son père

Série historique ou pure fiction?

Dernière partie de cet article, c’est celle ou l’on va évoquer plus en détail tout ce qui tourne autour de l’Oktoberfest justement. Nous avions déjà fait un article relatant de l’histoire de cette fête dans un précédent article il y a quelque temps de cela. Du coup forcément, on se demande si cette intrigue est fictive ou vraie avec une partie un poil romancée. 

Alors dites-vous qu’en effet, on est sur une inspiration romancée de la réalité. Déjà, le personnage principal n’a jamais existé, mais il est grandement inspiré d’un brasseur de Nuremberg appelé Georg Lang (rien à voir avec l’excellent animateur radio sur RTL). Tout comme Prank, celui-ci voulait justement construire une immense tente pour le public de l’événement le plus important du pays.

Lang a fait comme dans la série, il a racheté des lots et s’est mis dans la poche les autorités municipales de sorte qu’il puisse obtenir le droit de construire son château et y vendre ses bières. Finalement, il a lancé la mode des immenses tentes, qu’on appelle donc des châteaux à bières, il a eu le flair et le reste a suivi. On est ici sur un businessman averti qui a su jouer des coudes pour parvenir à obtenir ce qu’il veut. 

La partie historique s’arrête ici, si Lang et Prank se ressemblent sur le principe, un gars de Nuremberg qui veut investir dans un événement à fort potentiel, il n’est pas du tout fait état de meurtres, d’histoires d’amour, de “guildes” à la limite de la société secrète et j’en passe…. La série a récupéré un contexte historique et un personnage pour ensuite dessiner autour de lui tout une intrigue rocambolesque qui aboutira à ce qui existe désormais, c’est une déformation de la réalité dans le but de donner du fond à l’histoire. 

 

Georg Lang

 

Cependant, cette histoire revisitée n’a pas fait que des heureux. Les organisateurs de l’Oktoberfest n’ont que moyennement apprécié la série, jugeant qu’elle peut porter préjudice à l’âme de cet événement. Pour les détracteurs, en excluant ceux jugeant uniquement la série, ceux qui sont du milieu ont eu du mal à regarder cette série avec amusement. 

Si une série comme Brewbrothers a fait grincer les dents des amateurs, le côté potache ne reflétait pas le milieu du tout, il le tournait en dérision mais ca restait amusant et ne vexe au final que les plus susceptibles, et donc ceux qui méritent la dérision. Ici c’est surtout l’intrigue et tous les drames qui se cumulent qui ont rendu la pilule difficile à avaler pour les organisateurs. 

L’accueil auprès des principaux organisateurs a donc été très mauvais. Ceux-ci ont vu en cette série une image négative de la fête et son organisation. Ils ont peur que les gens se disent que cette fête est une espèce de gigantesque guerre ouverte dont le sang coule chaque année avec la bière à celui qui aura la plus grande tente. 

Il a donc fallu que les auteurs clarifient auprès de leur audimat allemand que tout n’est que fiction et que la réalité est beaucoup plus calme, en tout cas pour cette partie de l’histoire on va dire. Car il faut bien comprendre que les gens sont de plus en plus crédules avec l’internet, tout ce qui est écrit est devenu potentiellement vrai, et les sources, mêmes fausses, deviennent vraies, ce qui fait qu’on a du mal à s’y retrouver. Il existe d’ailleurs des sites spécialisés pour comparer les films et séries basées sur l’histoire avec la réalité, vous verrez que des fois c’est bluffant de vérité, d’autre fois c’est complètement à coté de la plaque (Braveheart et ses kilts qui n’existaient pas à l’époque de William Wallace par exemple). 

Si on peut comprendre des raccourcis scénaristiques pour mieux garder le rythme d’une intrigue, comme Tchernobyl et son personnage scientifique féminin qui incarne en fait tout l’ensemble scientifique de l’époque dans la série, il convient désormais de bien avertir le spectateur qu’il regarde une fiction et non un documentaire. La frontière entre réalité et fiction s’amincit de plus en plus avec les réseaux sociaux, les complotistes se régalent, les rumeurs se propagent à vitesse grand V, de fait, maintenant il est important de ne faire aucun amalgame et bien prendre du recul sur ce qu’on entend, écoute, ou voit. Ce qui fait qu’au final, l’accueil mitigé d’Oktoberfest par l’équipe actuelle organisatrice est compréhensible mais il reste toutefois à mon sens un peu exagéré car les auteurs ont très vite rectifié le tir pour parler de leur série et de tout le processus créatif.

 

En conclusion

Vous l’aurez donc compris, cette série, sans être une merveille, est une bonne fiction. Bien réalisée et bien jouée elle pourra vous intéresser à la véritable histoire et ses enjeux, mais on regrettera comme je vous le disais plus haut, que l’ensemble ne soit pas plus pimenté, alors si une saison 2 est réalisée (la fin de la série est ouverte sans trop l’être), gageons qu’on nous épargnera le côté mielleux des histoires d’amour pour nous proposer une intrigue plus poussée avec des enjeux qui nous forcent à binge watcher d’un trait la série. 

Cela reste une très bonne série, un bon thriller dramatique avec une intrigue principale et des sous intrigues qui se concluent toutes à la fin de la série pour ne laisser aucune question ouverte, en somme toute, mini série ou vraie série (on ne sait pas encore à ce stade). On est donc ici sur une bon moment, qui laisse sur sa faim pour les raisons évoquées précédemment mais qui reste largement meilleur que Brew Brothers, même si l’une est une comédie potache sur la révolution brassicole contemporaine américaine, et l’autre un thriller dramatique historique sur le thème d’une fête traditionnelle, la bière qui est l’enjeu principal est mieux amené chez Oktoberfest que l’autre. On pourra reconnaître que cette série donne à la bière son importance quand Brewbrothers ne donne pas une si bonne image que ça au produit, on parle même de la loi de la pureté Allemande

Alors si vous aimez les thriller, les intrigues, les sagas familiales, les fictions historiques et la bière, vous devriez adorer, les autres, vous devriez peut être moins accrocher mais vous devriez vous aussi passer un agréable moment (mention spéciale au générique que j’adore). 

 

Source pour les curieux : 

https://oktoberfest-guide.com/magazine/oktoberfest-beer-blood-how-historically-accurate-is-it/ 

 

Une tente Oktoberfest contemporaine (Pixabay)

 

Greg
Marseillais amateur de bières, je vais vous faire découvrir cette boisson à travers son histoire, des dossiers, de l'actu et enfin des tests de bières diverses et variées!
https://thebeerlantern.com

2 Replies to “Que vaut la série « L’empire Oktoberfest » ?

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