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Dossiers

Bières et célébrités

Cet article s’écrit en plein Festival de Cannes, haut lieu de la jet-set et du cinéma, et je ne sais pas vous, mais ces derniers temps, je vois beaucoup d’articles de presse sortir sur divers médias évoquant telle ou telle célébrité ayant lancé sa marque de bière ou de spiritueux. On pourrait penser à un effet de mode, mais des gens célèbres qui s’amusent à faire de la bière, ça ne date pas d’aujourd’hui.

Je vous propose de quitter un peu les articles pessimistes sur la conjoncture pour partir un peu plus dans la légèreté. Nous avions parlé de la politique dans la bière, penchons-nous cette fois-ci sur les célébrités du monde de la musique, du cinéma ou du sport

 

Houblon et Rock’n Roll

S’il y a bien des célébrités pour qui la bière est iconique, ce sont bien celles qui officient dans la musique, et plus particulièrement le rock et ses divers styles. Certes, un chanteur de variété pourrait faire sa bière, ou même un rappeur, mais force est de constater que la bière reste souvent associée à la « rock attitude », et ça, les célébrités l’ont bien compris.

Iron Maiden : Run to the Ales

Le plus connu reste quand même le groupe légendaire Iron Maiden, et plus particulièrement son chanteur et leader Bruce Dickinson. Bruce est plus qu’un consommateur, il est un passionné, et ce n’est pas pour rien qu’il s’est associé à la brasserie Robinsons pour créer la fameuse Trooper. Loin des bières de licence, le chanteur s’est impliqué dans la recette en totalité, allant jusqu’à choisir lui-même les houblons avec le maître brasseur Martyn Weeks. Il faut dire que le Britannique boit des trappistes belges et défend les « real ales » britanniques chères au CAMRA.

Le storytelling est tout trouvé : Trooper est l’un des morceaux iconiques du groupe, inspiré de la charge de la brigade légère lors de la bataille de Balaclava en 1854. L’étiquette arbore Eddie, la mascotte du groupe, dans l’uniforme d’un soldat britannique. La bière va connaître un franc succès. Au départ basée sur une seule référence, la gamme va se développer pour proposer une Bitter, une IPA ou encore une Stout et une Triple, sans compter les éphémères. On pourrait penser à une opération marketing aux premiers abords, mais on voit bien ici que l’on est loin d’un simple produit dérivé (goodie). On est face à un produit où Bruce Dickinson s’est impliqué au plus haut point dans sa création, faisant de la Trooper une bière qui fait partie intégrante du milieu brassicole britannique.

 

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Source : Trooper

 

Metallica fait vibrer le houblon

Autre exemple de celebrity branding, on peut citer le fameux groupe Metallica qui, bien que n’étant pas aussi passionné que Dickinson, s’est associé avec Stone Brewing pour créer la « Enter Night Pilsner ». Ici, c’est le batteur Lars Ulrich qui s’est impliqué dans la recette, bien que très simple pour toucher un public large (Dickinson ayant démarré par une Bitter). Le groupe de métal lancera également le whisky « Blackened ».

On distingue deux approches de « celebrity branding » ici. Pour Iron Maiden, on est sur un modèle centré sur le produit lui-même, animé par la passion du leader du groupe ; la bière n’est plus une extension d’un univers mais carrément une marque permanente. À l’inverse, la bière de Lars Ulrich et sa bande est plus axée sur le produit dérivé destiné à étendre l’univers du groupe. On peut y voir une frontière quelque peu opaque entre les deux approches, mais il faut voir le modèle d’Iron Maiden comme organique et artisanal, tandis que le modèle de Metallica est surtout axé sur une diversification de la marque du groupe. Deux approches différentes mais qui ont toutes deux connu un franc succès.

 

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Source : Stone Brewing

 

Retour dans les 90’s avec Hanson

Souvenez-vous des frères Hanson, ces petites têtes blondes qui chantaient de la variété rock avec une chanson devenue culte : MMMbop. Si leur carrière n’a pas eu un envol incroyable, les frères musiciens ont décidé de se reconvertir dans la bière. Le trio a créé la bière Mmmhops, un jeu de mots évident avec leur tube de l’époque, capitalisant ainsi sur la nostalgie. Pourtant, on n’est pas sur une simple action marketing. Les frangins se sont impliqués à fond dans le processus de création tout en donnant une dimension caritative au projet, où chaque bouteille vendue voit une partie de ses bénéfices reversés à leur association « Take the Walk », qui finance le forage de puits d’eau potable en Afrique.

Un projet qui leur permet de prouver d’une part leur maturité, de renforcer le lien avec leurs fans, mais aussi de ne pas rester enfermés sur un succès quasi en « one shot » en utilisant leur notoriété pour créer un projet qui leur tient à cœur.

 

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Source : Mmmhops

 

Et les autres ?

On peut aussi citer Motörhead qui, pour rendre hommage à son leader Lemmy Kilmister, a collaboré avec Camerons Brewery pour créer plusieurs bières. La « Road Crew », une American Pale Ale, est titrée à partir de la chanson de l’album culte « Ace of Spades ». Mikkey Dee et Phil Campbell ont participé activement au développement de la gamme, ajoutant aussi une Pilsner du nom d’Overkill et une bière sans alcool (ce qui reste paradoxal quand on connaît les excès de Lemmy et de sa bande).

En bière de licence, on peut citer les bières brassées au nom du légendaire groupe d’Angus Young, AC/DC, la Def Leppard Pale (du nom du musicien) brassée avec Elysian Brewing, ou encore le groupe Slipknot qui a lancé son whisky et sa bière.

Si on est surtout dans un univers de bières de licence opportunistes, la Trooper de Dickinson reste la bière dans laquelle on peut réellement voir une âme et un storytelling appuyé. Bien plus qu’un produit dérivé, on est donc ici sur une approche passionnée, tandis que les autres sont plus axées sur une approche « business » pure et dure sans aucune réelle implication appuyée.

 

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Source : Camerons Brewery

 

Hollywood et la bière

Tom Green étend son univers

Acteur peu connu par chez nous, Tom Green s’est illustré dans le très kitsch « Charlie et ses drôles de dames » avec Lucy Liu, Cameron Diaz et Drew Barrymore, ou encore « Freddy va te faire foutre ». Si son parcours est resté quelque peu fantomatique en France, il est un humoriste assez connu aux USA et au Canada. Celui-ci a d’ailleurs collaboré avec la brasserie artisanale ontarienne Beau’s All Natural Brewing pour créer une Milk Stout : The Tom Green Beer. Là où d’autres vont aller sur un certain classicisme, l’humoriste a carrément créé un clin d’œil à l’un de ses plus célèbres sketchs où on le voit boire du lait directement au pis d’une vache.

Plus tard, il sortira une Tom Green Summer Stout, une White Stout, style qui correspond à son ton complètement décalé lors de ses prestations. On est ici sur une approche qui oscille entre le produit dérivé et l’objectivation de son propre humour.

 

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Wil Wheaton, le brassam’ de l’espace

Ce nom parlera surtout aux fans de Star Trek ou, plus récemment, de la série Big Bang Theory. Wheaton, en plus de sa célébrité chez les geeks de la pop culture, est aussi un fervent brasseur amateur. Loin d’être le néophyte avec son kit de brassage, Wil est un brassam’ aguerri, passionné et documenté qui a même commercialisé des kits de brassage à son nom pour reproduire ses propres recettes, telles que la « VandalEyes IPA ».

Outre ces kits de brassage amateur, l’acteur s’est illustré à travers une collaboration annuelle avec Stone Brewing, assisté de Drew Curtis (du site Fark.com) et de Greg Koch, le cofondateur de Stone. Cette collab’ a engendré la « Stone Farking Wheaton W00stout », une Imperial Stout complexe et puissante brassée avec des noix de pécan, du blé ou encore du seigle, le tout vieilli partiellement en fûts de bourbon.

La clé du succès de cette bière ? Chaque année, l’étiquette est illustrée par un artiste de comics différent, créant ainsi un objet de collection unique pour la communauté geek. Un moyen d’allier sa passion tout en fédérant sa communauté.

 

 

Jeremy Clarkson, de Top Gear à la bière

Le célèbre co-animateur du trio légendaire de Top Gear et The Grand Tour a poursuivi sa carrière télévisuelle avec son émission nommée « Clarkson’s Farm ». Amateur de terroir et d’agriculture, il a récemment lancé sa propre marque de bière, la Hawkstone, prolongeant ainsi sa personnalité médiatique mais aussi son projet agricole. L’idée est ici de valoriser l’orge de sa propre ferme, le tout en collab’ avec la brasserie locale Hawkstone Brewery. La bière sera une simple Lager, mais son succès sera retentissant, se hissant en tête des ventes sur Amazon durant un temps. Depuis, la marque s’est étoffée de nouvelles bières ainsi que de cidre.

Le cas de Clarkson ici est de capitaliser sur son projet et sa célébrité. En d’autres termes, il allie ici avec brio ses valeurs avec son image publique, le tout en faisant un business lucratif.

 

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Source : Hawkstone Brewery

 

 

Frasier et sa bière

L’acteur Kelsey Grammer est une figure reconnue de la télévision américaine. Célèbre pour son personnage du Dr Frasier, apparu en premier dans la merveilleuse série Cheers, puis décliné en spin-off dédié à son personnage, l’acteur a réalisé un vieux rêve en 2015 en fondant la Faith American Brewing Company. Un projet très personnel situé dans les montagnes des Catskills dans l’État de New York, sur le site d’une ancienne ferme laitière qu’il avait achetée trois décennies plus tôt.

On est ici sur un autre modèle : pas de licence, pas de collab’ de recettes ou de kits de brassage, on est carrément sur la création d’une brasserie dans une région chère au cœur de l’acteur qui y a vécu durant son enfance. Faith est le nom de sa fille, preuve d’une réelle implication personnelle dans le projet de l’acteur qui s’implique totalement au développement des recettes. On peut citer la Faith American Ale ou encore la Calico Man IPA. Les bières sont pauvres en gluten et, si vous avez de la chance, vous pourrez voir l’acteur vous servir lui-même sa bière au comptoir.

 

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Source : Faith American Brewing

 

Zack et Cody au royaume du houblon

Dylan Sprouse va parler aux aficionados de Disney Channel puisqu’il s’est illustré plusieurs années dans la série « La vie de palace de Zack et Cody ». À côté des plateaux de tournage, le jeune acteur s’est passionné pour l’hydromel qu’il a commencé à brasser dès 16 ans dans sa chambre d’étudiant.

En 2018, il cofonde la « All-Wise Meadery » à Brooklyn, devenant le plus jeune brasseur (ou plutôt « mazer », qui est le terme exact) d’hydromel du pays. Son ambition est de restituer l’image de l’hydromel souvent catalogué au rang de boisson médiévale sucrée, en proposant des versions modernes, sèches et innovantes. L’acteur allie donc son travail d’acteur avec sa propre passion, devenant ainsi un protagoniste respecté du milieu brassicole, là où finalement personne ne l’attendait.

 

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Source : All wise Meadery

 

What Else ? George Clooney et sa bière

Casamigos, vous connaissez ? C’est la tequila de l’ami George. En mars 2026, l’acteur remet le couvert avec cette fois-ci une bière sans alcool. Nommée Crazy Mountain, cette marque positionnée premium, cofondée avec ses précédents associés Rande Gerber et Mike Meldman, a sorti une Lager et une version au citron vert.

La marque utilise une méthode de brassage différente des plus classiques ; son processus intègre justement la perte de l’alcool de manière naturelle, contrairement aux méthodes qui retirent artificiellement l’alcool. Cette méthode permet ainsi, en théorie, à la bière de garder ses vertus gustatives tout en étant neutre en alcool. Niveau esthétique, on est sur un design proche de la série Yellowstone ou des vieilles campagnes Marlboro avec un cowboy qui galope sur de grandes plaines.

Ce projet, brassé sous contrat avec Boulevard Brewery et New Belgium, est plus une forme de diversification de business qu’une simple passion pour la bière, contrairement aux acteurs précédemment cités. Mais qui sait ? Peut-être que l’on parviendra à lui faire faire un atelier brassage chez Fabrikabul un jour, on a la brasserie à 10 min de chez lui en voiture… on peut toujours rêver !

 

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Source : Crazy Moutain

 

Spiderman tisse sa toile en sans alcool

Tom Holland est devenu l’un des acteurs les plus bankable de ces dernières années. De ses débuts enfants avec Clint Eastwood comme réalisateur, jusqu’à Spiderman ou encore l’incarnation, certes un peu trop jeune, de Nathan Drake, l’acteur est devenu une véritable star à Hollywood, sans parler de son couple avec l’actrice Zendaya qui fait tourner les têtes des paparazzis.

Tout comme Clooney, Holland a lancé lui aussi sa propre marque de bière sans alcool, BERO, en octobre 2024. Si Clooney est parti sur une approche business totalement axée sur la tendance au no-lo, ici l’acteur s’illustre par une initiative personnelle liée à son propre parcours vers la sobriété qu’il a entamé en 2022 après quelques années à surconsommer de l’alcool.

Holland a participé à chaque détail du projet, de la recette au design. Accompagné du maître brasseur Grant Wood, BERO (qui est la contraction de Beer et Zero) propose une Pils (Kingston Golden Pils), une IPA (Edge Hill Hazy IPA) ou encore une blanche nommée « Noon Wheat » en hommage à son chien. L’acteur cherche ici à normaliser la consommation de bière sans alcool, nouvelle tendance en vogue qui a longtemps été perçue de manière péjorative il y a à peine quelques années de cela.

 

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Source : Bero

 

Gandalf l’aubergiste

Légende du cinéma, l’acteur britannique popularisé auprès du grand public via son rôle de Gandalf dans les 6 films de Peter Jackson ou encore Magneto dans X-Men, Ian McKellen est aussi un acteur de théâtre reconnu et au talent indéniable. Ici, point de brassage de bière, mais plutôt la préservation d’un pub historique, le « The Grapes » à Londres, qui date du XVe siècle. Copropriétaire des lieux, l’endroit fut fréquenté en son temps par l’écrivain Charles Dickens. Le pub est devenu un lieu de pèlerinage pour les fans de l’acteur, qui anime lui-même des quiz de temps en temps. On peut d’ailleurs voir l’acteur recevoir ses deux comparses, Dominic Monaghan et Billy Boyd, jouant respectivement Merry et Pippin, dans leur émission culinaire.

 

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Source : Amazon Prime

 

Guy Ritchie réalise plus que des films

Qui ne connaît pas le célèbre réalisateur Guy Ritchie ? Snatch, The Gentlemen, Sherlock Holmes, Arnaques, Crimes et Botanique… le réalisateur britannique a su s’attirer les faveurs d’Hollywood grâce à ses talents et à sa patte de réalisateur, bien que certaines de ses œuvres soient parfois passables.

Outre sa carrière cinématographique, le réalisateur a fondé la Gritchie Brewing Company, installée directement sur son domaine de Ashcombe House dans le Wiltshire. L’orge est cultivée sur ses propres terres et l’eau provient de la source du domaine. La brasserie a sorti une Pale Ale nommée Lore, et une Lager nommée Angel’s Lore. Les bières sont servies dans des pubs appartenant à la brasserie à Londres.

 

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Crédit : Courtenay Hichcock

 

La réalité peut dépasser la fiction

Petite entorse à la trame de l’article, je voulais aussi parler de la bière fictive de Breaking Bad, la Schraderbräu, créée en brassam’ par le personnage de Hank Schrader, l’agent de la DEA qui traque Bryan Cranston et son acolyte Aaron Paul. Si ici les acteurs n’ont rien à voir avec la bière — ils ont même lancé une marque de Mezcal nommée « Dos Hombres » —, leur célébrité, ainsi que celle de la série, a créé un engouement inattendu pour le brassage amateur durant la diffusion de la série aux USA.

Les deux acteurs et leur série sont donc devenus sans le vouloir des icônes du brassage amateur alors même qu’ils n’ont aucune implication dans le domaine.

Les bières fictives peuvent parfois devenir réelles, au détriment des spectateurs d’ailleurs. Souvenez-vous de la célèbre Duff, qu’un businessman avait rachetée pour la vendre partout dans le monde, au point où, loi Évin oblige, la marque a dû être floutée dans tous les épisodes des Simpson en France, créant un casse-tête incroyable aux chaînes de TV quand on sait que l’un des personnages récurrents de la série est littéralement le Duff Man !

Les marques fictives sont légion, et nous en ferons un article un de ces jours, mais l’heure est de passer à la troisième catégorie : les sportifs !

 

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Source : AMC

 

Bière et Sport ?

Le monde de l’alcool et le sport ne font pas bon ménage. Qui aurait confiance en un lanceur de javelot bourré, un lanceur de marteau ou un pilote de rallye ? Personne, évidemment ! Pourtant la bière fait partie de l’écosystème sportif ; certes pas toujours en bien, mais nul ne peut nier que la troisième mi-temps ou les sports bars font culturellement partie de la planète sport.

Des établissements comme la chaîne « La Cage » au Québec sont des lieux si incontournables que les joueurs de Montréal y sont même allés pour célébrer leur victoire de la Stanley Cup en 1986. Dans la catégorie consommation, ce sont les joueurs de rugby qui intègrent souvent cela, de par le côté convivial et quelque peu bourru du milieu. Beaucoup de figures du rugby, notamment en France, ont investi dans des établissements conviviaux rappelant un peu cette culture rugby, comme Frédéric Michalak par exemple, ou encore Vincent Clerc et Xavier Garbajosa qui ont investi dans la brasserie-restaurant « Le Rouge et le Noir ». Mais si la bière est plus vue comme une beuverie de supporters avec une image longtemps associée à la pizza devant la TV, certains sportifs ont fait le pari de la bière sous d’autres formes.

 

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Source : La cage

 

Le catch c’est du sport (mais c’est parfois abusé)

Si vous avez grandi dans les années 80/90, vous avez sans doute comme moi regardé en clair le mercredi après-midi sur Canal le catch américain. Hulk Hogan, Undertaker, Yokozuna… ces personnages hauts en couleur, à la finesse d’un bulldozer, qu’on avait même en jouets gamins (j’ai encore souvenir de ces figurines et du ring !). Eh bien, c’est la « légende » Stone Cold Steve Austin qui a transposé sa personnalité badass dans une collab’ brassicole avec la brasserie californienne El Segundo Brewing.

Ici, pas de petite lager ou de sans alcool, non, c’est Steve Austin, il faut quelque chose qui tape fort, et c’est la Broken Skull IPA qui sortira des cuves en 2015, dans le style West Coast bien houblonné. La communauté du catch est immense et engendre des millions et des millions, si ce n’est des milliards de dollars ; autant vous dire qu’au moment de sa sortie, la bière a eu un succès des plus percutants, sans mauvais jeu de mots. La gamme va s’étoffer avec une Lager ou encore une Double IPA, avec toujours le célèbre catcheur impliqué dans le projet jusqu’aux recettes.

Une sorte de prolongement ici aussi de son personnage, préférant créer sa propre marque que de s’associer à une marque existante comme un vulgaire sponsor.

 

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Source : Broken Skull

 

Foot US et bière healthy

Une bière positionnée bien-être et performance, c’est possible ? En tout cas, c’est le pari de Troy Aikman, célèbre quarterback des Cowboys de Dallas qui a créé la bière EIGHT, nommée d’après son numéro de maillot. Créée avec des experts de l’université de l’Oregon, le processus aura duré 2 ans pour créer une bière lager légère (90 calories et 2,6 g de glucides) brassée avec des céréales biologiques, des houblons spéciaux, aucun additif ni sucre ajouté. En gros, une bière « propre » et meilleure pour la santé dont 1 % des bénéfices sont reversés à des causes texanes.

Difficile de prendre au sérieux le storytelling tant une « bière propre » c’est devenu très courant, mais aussi le fait que seulement 1 % soit reversé à des causes locales ; on repassera pour le côté healthy et philanthropique.

 

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Source : Eight Brewing

 

Le cas Alphand

On a beaucoup parlé des Américains, mais n’oublions pas qu’en France nous avons le célèbre skieur Luc Alphand qui, en 1998, s’associe avec son frère Lionel pour fonder la brasserie L&L Alphand à Vallouise, en plein cœur des Hautes-Alpes. Cette bière se veut profondément ancrée sur son terroir montagnard avec une eau utilisée provenant directement du massif des Écrins avec une gamme de styles classiques mais relativement variée.

Aux cuves, c’est Lionel, avec en sus de la brasserie un bar et un restaurant dont certains plats sont préparés en utilisant les bières de la brasserie. Pourtant, la brasserie ne capitalise pas à fond sur la notoriété du sportif ; elle capitalise aussi et surtout sur son ancrage local et la qualité de ses produits, preuve ici aussi que la célébrité ne fait pas tout et que la qualité du produit prévaudra souvent plus que « l’ambassadeur » de la marque.

 

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Source : Brasserie Alphand

 

Conclusion

Difficile de ne pas voir un effet de mode général entre célébrités et alcool ; beaucoup investissent dans le secteur, majoritairement dans le vin ou les spiritueux comme Ryan Reynolds, Brad Pitt, etc. D’autres encore utilisent leur image comme José Garcia avec la Rosé Garcia (qui lui a valu un procès pour le côté quelque peu non « loi Évin » du produit).

Nous l’avons vu, il y a plusieurs raisons à ces brassins « starifiés ». Pour certains comme Wheaton, Dickinson ou Clarkson, il y a une envie de créer quelque chose par le biais d’une passion initiale pour le produit transformée en un projet concret allant au-delà de la notoriété de la personne. Certes, la célébrité joue sur les ventes, mais le but premier est surtout de s’amuser à donner libre cours à une passion par le biais de ses facilités financières, on va dire.

Viennent ensuite les collaborations, soit par envie d’extension de son univers ou personnage, soit par simple envie de générer du profit. On est ici sur de l’opportunisme associé à un storytelling efficace. Clooney, Green ou Holland ont beau vouloir jouer la carte de l’humour, du passif alcoolique ou de l’hommage américain, toujours est-il que c’est aussi et surtout un moyen de diversifier son activité et ses profits (car oui, une « star » est une entreprise à elle toute seule qui a besoin de diversifier son business en cas de coup dur).

Si les spiritueux sont très plébiscités par les gens célèbres, au point où on en vient à se demander si ce n’est pas une obligation pour montrer qu’on a réussi, les milieux brassicoles sont moins impactés. Il y a sans doute le côté « classieux » qui est peu existant en comparaison des spiritueux ; il est plus simple de s’afficher en costume dans un fauteuil club avec un whisky qu’avec une canette de Lager. Ces gens connus s’affichent sciemment avec leurs produits, ils jouent de leur image, par narcissisme et/ou par capitalisme, mais ils n’ont pas vraiment la fibre créatrice qu’ont des personnages comme McKellen ou Dickinson qui s’impliquent à fond dans leur projet.

 

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The Rock, par exemple, a collaboré sur des bières, mais il est surtout occupé par sa marque de Tequila et sa marque de boisson énergisante. La bière est juste une opportunité et rien d’autre.

En France, on a cité Luc Alphand, mais il faut savoir que les célébrités ne peuvent pas vraiment s’afficher sur l’alcool, loi Évin oblige, mais aussi et surtout pour ne pas nuire à leur propre image au final. Les célébrités associées à l’alcool le sont surtout pour leurs excès : Depardieu, Gainsbourg, etc., autant de gens qui sont surtout liés à leur consommation plutôt qu’à leur passion du produit en lui-même.

Pour les vins, c’est plus subtil. En dehors de José Garcia évidemment, les domaines de célébrités sont connus, mais ils n’en jouent pas. J’ai souvenir, à San Francisco, d’être allé visiter un vignoble à Napa Valley ; ce n’est qu’en arrivant que nous nous sommes aperçus que ce domaine était celui de la famille Coppola (Le Parrain, Apocalypse Now, Dracula, etc.). Le domaine n’affichait pas le visage de Francis Ford ou de Sofia dans tous les coins ; c’était finalement assez subtil.

Alors il ne faut pas se leurrer, une personne qui dispose d’une certaine notoriété pourra facilement vendre, tout du moins plus aisément. Regardez les Youtubeurs et leurs sodas, ou même Jivay et ses bières ou collabs qui sont sold-out en quelques heures seulement. Souvenez-vous de la pénurie de Guinness après que Kim Kardashian se soit affichée en train de simplement boire une Stout. Les célébrités attirent et fascinent, elles peuvent facilement vendre, c’est du marketing pur et dur. Des burgers Quick avec Eric et Ramzy ou dans les années 2000 avec Cauet, ça a fait vendre aussi. Donc pour la bière c’est pareil : si demain je fais une bière avec Clooney qui vit à 10 min de ma brasserie, je suis sûr que j’écoulerais mon stock rapidement parce que c’est « la bière de George », mais au final, en dehors de l’aspect pécuniaire, est-ce que c’est si extraordinaire ? Non, les gens paient pour l’image que ça renvoie, pas pour la qualité.

Au final, je préfère de loin une bière où je sais qu’une célébrité a mis les mains dans le cambouis et est capable de me décrire son produit et ses qualités, qu’une simple personne connue qui pose son nom sur une étiquette.

À cela, je conclurai par une anecdote plus locale mais qui reflète mon propos. Sans citer de nom, j’ai tenu un stand dans un petit salon de la bière organisé par le Rotary du coin. On prend un emplacement, qu’on paie évidemment, et le jour J, les organisateurs viennent nous voir et nous décalent les stands, mettant mon collègue limite en arrière-plan (ce qui a impacté son chiffre). Pourquoi ce décalage soudain ? Un célèbre DJ local, connu pour un petit rôle au cinéma dans les années 90 et qui a su en jouer sur la scène marseillaise, venait de faire une bière en collab’ avec une brasserie du coin. Comme il faisait une prestation ce jour-là, il a été décidé de le placer au dernier moment à la place de notre emplacement. Le plus drôle ? Il tenait le stand, mais il était INCAPABLE de décrire son produit, ni même de servir sa bière. C’était juste une espèce de mascotte sans âme de son étiquette et pourtant les gens achetaient ses bouteilles par packs entiers, alors que non seulement la recette était des plus banales, mais en plus le gars ne savait même pas ce qu’était le houblon.

Est-ce que je conclurai en disant qu’on est quand même bien matrixé par ces célébrités ? Peut-être un peu, voire beaucoup pour certains. Il y a le côté fan-service ou fun qui joue, mais au final le plus appréciable à mon sens, et en tant que passionné, c’est de voir une célébrité qui produit elle-même par passion. Souvent, on constate que si le produit est mis en avant de la personnalité publique derrière, c’est un vrai gage de qualité pour moi.

 

Sources

George Clooney et la bière sans alcool « Crazy Mountain »

Tom Holland et la bière sans alcool « BERO »

Ian McKellen et le pub historique « The Grapes »

Dylan Sprouse et « All-Wise Meadery »

Kelsey Grammer et « Faith American Brewing Company »

Troy Aikman et la bière « EIGHT »

Steve Austin et la « Broken Skull IPA »

Luc Alphand et la « Brasserie Alphand »

 

Greg
Marseillais amateur de bières, je vais vous faire découvrir cette boisson à travers son histoire, des dossiers, de l'actu et enfin des tests de bières diverses et variées!

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