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Bière et Brexit, comment ça va se passer?

Je mets une nouvelle fois ma casquette de logisticien et pour compléter mon article sur les pénuries de containers entraînant des difficultés pour faire venir de la marchandise de Chine, ou l’augmentation de certains produits, en parlant d’un autre sujet brûlant : le Brexit !

Alors ici on va surtout aborder un sujet qui va intéresser les consommateurs et les distributeurs, et ce sera plus court, mais il faut que tout le monde puisse comprendre les enjeux et surtout les impacts de cet événement sur vos bières importées. Attention, ici c’est ma réflexion et mon analyse personnelle en rapport avec mon métier. N’hésitez pas à me contacter si vous trouvez une coquille ou au contraire des éléments à ajouter / modifier, néanmoins mon analyse se base sur mon quotidien et mes échanges réguliers avec des acteurs du secteur comme moi. 

 

Petit retour en arrière

Le Brexit était acté bien avant la crise sanitaire, mais les difficultés à trouver un terrain d’entente avec l’Europe a fait que les choses ont été ralenties énormément, au point que le Brexit se déroule quasi au moment ou la COVID-19 a frappé le monde, entraînant ainsi une énorme confusion sur le secteur. 

Je ne vais pas vous détailler la procédure qui se met en place, je vais vous la résumer en bref pour que vous puissiez comprendre en gros ce qu’il se passe. Pour cela, on va remonter légèrement en arrière pour parler de l’UE.

L’UE vous connaissez tous, et ce qui a changé la donne, pour nous, Européens, c’est la libre circulation des biens et des marchandises. Pour les voyages on l’a bien vu, ne disposer que de sa carte d’identité et ne plus faire des démarches avec les ambassades est un luxe non négligeable, je parle même pas des road trips qui sont facilités et deviennent plus simples si on reste sur le territoire de l’union. 

Pour les marchandises c’est pareil, on ne paye que son transport et les taxes qui vont avec, mais plus besoin de douanes, de longs arrêts, de longues démarches, et surtout moins de taxes, ce qui fait que les trafics se sont créés très vite, les transporteurs routiers ont pu se spécialiser sur certains axes et les coûts sont vite devenus compétitifs grâce aux volumes (et le tunnel sous la manche). 

 

Brexit et Covid : le combo gagnant (ou pas)

Puis est arrivé le fameux vote du Brexit, sans doute passé par le biais de raisons plutôt obscures de mon avis personnel, il n’en est pas moins qu’un véritable souci majeur pour énormément de monde, et surtout l’économie du pays. On pourra jouer les patriotes, ou les nationalistes jusqu’au bout, si on ne voit que ce qui nous intéresse, il est évident que selon son point de vue, l’indépendance vis à vis de l’UE plait, ce qui est même paradoxal pour un pays qui vit encore sous une monarchie, certes, démocratique, mais encore avec une famille royale politiquement encore influente. Si on a une vision plus globale de l’ensemble, on peut facilement constater que le Brexit, qu’il soit bien négocié ou pas, c’est des ennuis à venir sur le long terme car, à mes yeux, les Britanniques se sentent relativement au dessus des autres pays, et ont un manque totale d’humilité, ce qui fait que cela risque tôt ou tard de se retourner contre eux, à trop sous estimer les autres. 

Pour revenir au Brexit lui-même, il y a eu des négociations validées, un peu au dernier moment, qui ont soi-disant permis de lancer les rouages de la nouvelle machinerie Britannique post-Brexit. Or, on s’aperçoit très rapidement que rien n’a été anticipé comme il fallait, et en l’espace de quelques jours, c’est une véritable anarchie logistique qui s’est créée, en complément d’une crise sanitaire qui a entraîner des surconsommations de la population par peur de manquer durant un confinement forcé de plusieurs longues semaines. 

 

Un défaut d’anticipation majeur

On a très vite vu, dans la logistique, que tous les décideurs étaient “aux fraises” pour la suite. Pas étonnant que certains rats aient quitté le navire durant les négociations, rompre un système bien huilé et plutôt avantageux qui dure depuis des dizaines d’années ça ne se fait pas en un clin d’œil. 

Du jour au lendemain, les vannes sont fermées, au point que beaucoup de sociétés de transports ont décidé un mois avant la date officielle, de cesser tout transport avec le Royaume Uni. Leur raison est simple “On ne sait pas où on va, on ne peut pas tarifer, on est dans un flou artistique”. Voilà ce que me répondaient les collègues quand je leur demandais des infos pour du fret outre-manche. Personne vraiment ne savait ce qui allait se passer, pas même chez eux. 

Il a fallu que toute la chaîne logistique s’adapte, tant bien que mal, à ce que leur réserve les décideurs, pas vraiment au fait des conséquences de leurs actions. Les sociétés ne pouvaient pas savoir ce qu’elles allaient vendre demain, elles ne connaissaient même pas encore le montant de leurs taxes, ni les tarifs de transport. 

Les autorités ont toutefois présenté un plan pour que les choses se déroulent sans encombre, une stratégie en 2 étapes, sur 2 semestres en 2021. La première est de créer des déclarations de douanes simplifiées, des versions en ligne via des QR Codes pour que les douaniers ne se noient pas dans la paperasse, autrement dit on fait de la douane 2.0, ce qui est bien en soi, mais pas nouveau car cela existe déjà depuis un moment sur l’ensemble des frets mondiaux. 

La seconde étape à venir, ce sera des restrictions sur les camions. Chaque camion devra être enregistré dans un système d’information, et chaque transporteur sera soumis à des marquages différents, et pour ne rien arranger, ce ne sera pas forcément pareil selon les régions, comme avec le Kent par exemple. Autrement dit, les flottes de camions seront tracées, ce qui peut se comprendre sur certains aspects, mais sur les conséquences, c’est aussi là que l’anticipation n’a pas été faite. 

 

A quoi s’attendre ? 

Maintenant que les procédures sont actées, on assiste à une difficulté, les transporteurs, pour certains, ont cessé d’aller au Royaume Uni et ont redirigé leur flotte sur l’UE ou des pays hors UE plus simple d’accès, ce qui entraîne une petite pénurie de camions, donc un affaiblissement des rotations de flux. 

Ensuite, niveau douane, certaines entreprises ont cessé leurs trafics également, ne pouvant ou ne voulant pas payer des taxes supplémentaires exorbitantes parfois, préférant laisser la place à d’autres et réorienter leurs stratégies. 

Au final, il ne reste que ceux qui ont l’envie ou le courage de se soumettre aux nouvelles lois, bien entendu, c’est sans doute intelligent car ceux qui sont partis laissent de la place aux autres, et ca fera donc des heureux, mais il faut comprendre que l’impact de ce Brexit est relativement compliqué pour tout le trafic. Rappelons que c’est une île, et que donc, ils ne sont pas indépendants du tout. De fait, ils ont besoin d’importer, et toutes les importations provenant de l’UE sont plus chères, et donc certains produits deviennent forcément plus chers pour les Britanniques, et ceux qui sont exportés sur le vieux continent sont également plus onéreux. 

La conséquence sera surtout pour le consommateur au final, mais si vous importez des bières de là bas, il faut vous attendre à ce que les tarifs augmentent et ce pour plusieurs raisons. 

La principale raison c’est que la levée de la libre circulation des marchandises entraîne une mise en place de douanes, et qui dit douanes, dit taxes, donc votre bière sera assujettie à des taxes qui n’existaient pas avant. 

Mais ce n’est pas la seule chose qui va influer le prix, et ça, votre agent sur place, ou brasserie, selon par qui vous passez, peut ne pas vous l’expliquer. Si le contrôle douanier est remis en place, que les formalités douanières sont revenues, cela signifie donc de l’attente, et cette attente le transporteur vous la répercute inexorablement. On attendait, en prévision du Brexit, qu’il soit dur ou négocié, plus de 20 km de bouchons de chaque côté des frontières, à raison de 5min de contrôle par camion environ…..sachant qu’un contrôle de camion ne dure JAMAIS 5min et pour cause, un complet c’est 33 palettes de marchandises maximum (quand ce n’est pas des palettes qui sont posées l’une sur l’autre, on appelle cela gerber des palettes). 

Autrement dit, votre transporteur, sur son tarif, va en amont vous facturer plus d’argent afin d’anticiper les heures d’attente qui lui coûte de l’argent. Un transporteur, s’il attend plus d’une heure en général, il vous facture du temps d’attente au chargement ou la livraison car le temps qu’il perd c’est une rotation ailleurs qui est impactée. Or, pour le cas du Brexit, l’attente se fait sur le franchissement de la frontière, donc il estime sa perte et vous la répercute! Ce qui est logique en vérité si on se met du côté de son business. 

Un autre aspect va influer votre tarif, ce sera sur la rareté des camions. Pas de panique, on aura pas de pénurie aussi violente que celle des containers au moment ou j’écris ces lignes, mais avec les nouvelles normes, bon nombre de transporteurs vont délaisser le secteur, pour se positionner sur d’autres flux situés sur l’espace communautaire ou avec des normes plus simples. Donc, par corollaire, avec moins de camions, les tarifs vont augmenter car l’économie d’échelle sera biaisée, moins de rotations, moins de disponibilités, donc vous subirez forcément un impact. Attention, ce n’est pas une conséquence définitive, la nature ayant horreur du vide, des transporteurs reviendront sans doute plus tard, quand d’autres vont carrément s’implanter sur ces axes encore jamais tentés auparavant, le manque de camion n’est ici qu’une conséquence temporaire. 

 

Et pour la bière?

Pour la bière c’est assez simple, vos bouteilles ou canettes coûteront quelques centimes de plus. Les petites brasseries qui s’exportent avec peu de volumes seront plus chères aussi, de fait, il va y avoir une sorte de pénurie de produits britanniques sur certaines références, mais pas toutes.

On le voit d’ailleurs, certaines références UK sont en rupture chez certains cavistes en ligne. On tape les stocks surtout pour le moment, car le flou artistique entraîne des remises à niveau du stock plus longues (le temps de voir combien vont coûter les nouvelles commandes). De fait, tout produit venant de UK sera plus cher, sauf dans 2 cas de figures bien précis :

  • Assez de volume de la brasserie pour réussir à diminuer ses tarifs et les aligner sur les précédents : ce qui implique du très gros volume, donc on sortirait du craft classique

 

  • Avoir une unité de production “clonée” sur le territoire Européen : Comme, à priori, Brewdog qui installe une unité de production en Allemagne, permettant d’arroser l’UE très facilement et à moindre coût. (Info à vérifier toutefois, mais stratégie cohérente quoiqu’il en soit).

 

En théorie, l’impact sur le prix final sera de quelques centimes, on ne doit pas s’attendre à des surcoûts de plusieurs euros, néanmoins, toutes ces restrictions vont avoir des conséquences sur les références actuelles. Si on est habitué aux brasseries britanniques telles que Brewdog, Cloudwater, Tiny Rebel etc… elles sont déjà implantées, elles s’adaptent et elles vendent. Mais les petites brasseries, elles, auront plus de mal à se lancer sur des tarifs attractifs, on peut donc imaginer deux choses :

  • Soit les brasseries qui vont vouloir s’exporter auront du mal à le faire au départ
  • Soit les brasseries vont s’unir pour grouper leurs envois (via un agent, un collectif, ou autre), pour minimiser les coûts et gagner en attractivité à l’export. 

Il faut donc s’attendre à un remodelage du marché britannique dans son ensemble, sur la bière on va s’attendre à des impacts tarifaires conséquents (et logiques), il vous faudra ajouter un peu plus de centimes sur vos futurs achats de bières britanniques. 

 

En conclusion

Je ne pouvais pas ne pas vous parler du brexit qui est aussi une difficulté logistique majeure en ce moment, qui n’arrange rien avec la crise sanitaire en vigueur au moment de la publication de l’article. J’ai écrit cet article, tout comme le précédent sur la pénurie de conteneurs, entre deux articles en chamboulant un peu mon planning. 

Parler bière et dégustation c’est sympa, mais il faut aussi pouvoir, quand on veut vraiment découvrir le secteur, comprendre les rouages de la machine, et ses intervenants aussi car la bière ce n’est pas une simple boisson, c’est tout une chaîne de production, avec ses acteurs, que ce soit des gens qui écrivent comme moi, des distributeurs, des transporteurs, des commerciaux etc… le milieu brassicole devient très dense, très peuplé, on a des conflits intergénérationnels désormais entre les “hype” de bière Untappd et les premiers acteurs de la révolution brassicole, voire antérieur à cela, qui ne comprennent pas les enjeux, ou qui ne sont pas sur la même longueur d’onde que les autres, c’est comme ca qu’on voit qu’un secteur se professionnalise de plus en plus, et gagne en volume. 

C’est aussi pour cela que mes articles changent par rapport à 2013, moins de dégustations, plus de dossiers, plus d’actualités, il faut maintenant que je puisse aussi m’amuser à vous parler du secteur au delà des bières car, même si je le fais pur plaisir, je suis un parmi des milliers à vous parler des bières que je goûte, mais on est moins nombreux à vous parler de choses plus concrètes sur le secteur, et c’est là que je vois que moi, en tant que blogueur, faisant cela sur mes loisirs et mon temps libre, je ne me lasse pas de vous partager ce que j’apprends, ou ce que je connais, espérant toujours vous aider, ou vous amuser, ou vous partager de la simple connaissance. 

Si vous voulez plus d’infos, les articles que j’avais écrit sur mon site logistique sont là : 

Et si vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter surtout! 

Greg
Marseillais amateur de bières, je vais vous faire découvrir cette boisson à travers son histoire, des dossiers, de l'actu et enfin des tests de bières diverses et variées!
https://thebeerlantern.com

3 Replies to “Bière et Brexit, comment ça va se passer?

  1. J’ai voulu commander des bières pour aider une brasserie locale du Kent fin décembre, le propriétaire a préféré me renvoyer un mail et me rembourser directement début janvier, ne sachant comment envoyer en Belgique (frais de port, durée du fret, quantité autorisée, démarches douanières supplémentaires…)

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